Discours de Christophe Labrousse « Savio 20 ans déjà ! Quel parcours éducatif! »

Mesdames, Messieurs, chers ados, chers enfants.

C’est avec un plaisir non dissimulé mêlé d’émotions que je vous accueille aujourd’hui pour fêter les 20 ans de notre chère école : Savio !

  • Par où commencer ? Par où terminer ? Eh bien, vous en saurez davantage ce soir lors du spectacle qui a été préparé dans le plus grand secret et qui racontera les 20 ans de Savio, de sa création à ce jour.
  • Si l’on m’avait dit, le jour de notre première rentrée scolaire, que nous serions là 20 ans après, je ne l’aurais pas cru.
  • Si l’on m’avait dit, alors que pendant 4 ans où j’étudiais à l’Université de Lettres de Poitiers, alors que je traversais St-Léger, avec ma 4L rouge, tous les lundis matins et vendredis après-midi, que je fonderais une école dans cette commune, je ne l’aurais pas cru.
  • Si l’on m’avait dit que je m’installerais définitivement à St-Léger et que, de surcroît, j’en deviendrais le maire, je ne l’aurais pas cru.
  • Si l’on m’avait dit que je quitterais l’Éducation nationale pour créer une structure en parallèle de celle-ci, je ne l’aurais pas cru.
  • Si l’on m’avait dit un jour que je donnerais des conférences et que je deviendrais un passionné d’éducations, je ne l’aurais pas cru.
  • Si l’on m’avait dit que ma petite école serait jumelée avec une école semblable, l’École du Succès que je supervise à Ste Anne en Guadeloupe, je ne l’aurais pas cru.
  • Si l’on m’avait dit que j’aurais l’audace, moi le petit Labrousse, d’aller rencontrer 3 ministres de l’Éducation nationale au Ministère, je ne l’aurais pas cru.
  • Si l’on m’avait dit que je serais à la veille de créer une École des Parents «  Le cercle des parents pas carrés », je ne l’aurais pas cru.
  • Et pourtant ! Et pourtant ! Toutes mes suppositions sont devenues une réalité, les unes après les autres. S’il y a bien une chose dont je suis certain aujourd’hui, c’est que la vie nous conduit vers des chemins qui peuvent paraître bien improbables. Et pourtant !
  • Quand je me retourne depuis ce 08 septembre 1996, que de chemin parcouru ! Paul Claudel a écrit : «  Ne force jamais rien, donnons le meilleur de nous-mêmes et laissons faire les choses. Si ça doit être, ce sera ! » J’ai l’impression que cela m’est adressé !
  • Savio est une école qui accueille des enfants jusqu’à la 3ème désireux de bénéficier d’un cadre favorable à leur épanouissement physique, intellectuel et moral.
  • Fondée sur la liberté de l’homme, chaque enfant bénéficie d’un accueil adapté. Tous sont susceptibles de s’intégrer et réussir dans le cadre de cette pédagogie car ils sont entourés d’une équipe bienveillante, toujours à l’écoute, avec le souci de faire au mieux.
  • Apprendre, c’est découvrir.
  • Apprendre, c’est apprendre à vivre avec les autres.
  • Apprendre autrement avec la pédagogie saviotine, c’est apprendre avec sa tête, son cœur et son corps.
  • Un dialogue constant est mis en place entre parents et enseignants pour définir le parcours le mieux adapté pour l’enfant.
  • Les matières sont enseignées dans l’optique d’un éveil aux problèmes du monde actuel et de la responsabilité de l’homme en tant qu’acteur dans le monde. Les programmes officiels de l’Education nationale sont respectées scrupuleusement et prodigués au travers d’une méthode de travail sur laquelle les enfants peuvent s’appuyer durablement. Ils repartent de Savio avec, pour bagage, une véritable boite à outils éducative qui les aidera jusqu’à la fin de leurs études. Les enfants que nous accueillons sont des blessés de la vie, des cassés du système, n’ayant plus foi en l’avenir. A nous, à travers nos méthodes, de leur redonner le goût d’apprendre, de leur permettre de retrouver l’espoir, l’envie d’avancer, de panser leurs plaies, et de leur redonner l’estime d’eux-mêmes. « Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit », écrivait Khalil Gibran.Nos objectifs – et vous l’aurez compris – sont les suivants :
  • Faire reculer le taux d’élèves en décrochage scolaire.
  • Offrir une école d’exception aux enfants de talents multiples.
  • Poursuivre l’épanouissement aussi large que possible de toutes les potentialités intellectuelles, artistiques, manuelles, corporelles de l’élève.
  • Former de futurs citoyens qui trouveront leur place dans la société et les préparer à enrichir la vie sociale de leurs potentialités et aspirations individuelles.
  • « Jeunes gens, ayons bon courage ! Si rude qu’on nous veuille faire le présent, l’avenir sera beau »: Victor Hugo. Celui qui croit en lui-même n’a pas besoin de convaincre les autres. Celui qui est heureux avec lui-même n’a pas besoin de l’approbation des autres. Celui qui s’accepte lui-même, le monde entier l’acceptera. Alors, mes chers Saviotins, croyez en vous, en vos capacités, en vos talents ! Jean Delacour disait :  » Etre différent n’est ni une bonne ni une mauvaise chose. Cela signifie simplement que nous sommes suffisamment courageux pour être nous-mêmes ».
  • L’avenir, votre avenir, sera beau si vous le désirez; ne laissez personne vous en déposseder. Prenez des initiatives; rêvez concrètement; exprimez vos envies; libérez vos talents; définissez votre projet, celui qui vous ressemble, et portez-le, même à bout de bras. Le monde se révèle aux ambitieux et aux entreprenants.
  • Comme le disait le sociologue guadeloupéen Ary Broussillon, nous vivons dans l’accélération d’une trajectoire; nous vivons un renversement des valeurs; nous vivons un changement de civilisation, à la fois long et rapide. Toute la société est touchée depuis les années 90. Nous vivons une société en pleine mutation familiale, technologique. L’individu vit dans un monde différent : il est en train de muter. C’est flagrant si l’on compare les ados d’il y a 20 ans à ceux d’aujourd’hui.
  • L’école de la République connaît un tout nouveau rapport au savoir; est-il utile? Comment s’opère la nouvelle organisation du travail? Tout se transforme aujourd’hui; tout évolue de façon exponentielle. On ne s’attaque pas à l’essence même du problème. On n’est plus dans la relation; on est dans la connexion. La famille, socle de la société, est affectée par cette mutation. L’autorité parentale est ébranlée. On parle de « démariage » au lieu de « divorce ». A l’école, il faut apprendre aux jeunes à raisonner, apprendre à réfléchir, apprendre à penser le complexe, apprendre à dire. L’école doit donner un travail sensé, un travail qui a du sens. La nouvelle école sera celle la coopération, où la famille de l’élève sera pleinement associée. Mais, surtout, respectons l’exemplarité : c’est une valeur qui ne doit pas faillir malgré tout ce que l’on voit, tout ce que l’on entend à travers les médias. Depuis 20 ans, la société a drôlement changé, elle a évolué à tous les niveaux; les élèves d’hier ne sont pas ceux d’aujourd’hui . La nouvelle génération est exigeante car la société lui demande de l’être. Tout est ultra rapide; une information n’attend pas l’autre; on n’a plus le temps de vérifier si elles sont justes; on ne prend plus le temps de se poser; tout est dans l’immédiateté; tout est dans l’urgence; notre jeunesse survole les règles; elle survole les théorèmes; elle survole l’école mais elle n’a plus le temps de faire les choses à fond. En 20 ans, le niveau a drôlement chuté; nous le constatons, mais il faut arrêter de toujours comparer avec « avant ». Même la société n’est plus comparable, alors? L’école de demain doit absolument changer sa manière d’enseigner; son savoir-faire doit évoluer, et rapidement. L’école dont la mission est de former les adultes de demain ne doit pas baisser son niveau, ne doit pas offrir une éducation au rabais : elle doit être aussi exigeante que la société le demande. Elle doit rester l’institution première que l’on respecte.
  • Alors oui ! Savio, à travers chaque élève, chaque famille, chaque histoire, a su évoluer au gré de tous ces changements. C’est la pédagogie qui doit avancer au rythme de la société; ce ne sont pas les élèves qui doivent s’adapter au système scolaire. Les deux doivent marcher main dans la main. Les élèves en décrochage scolaire sont de plus en plus nombreux : c’est un indicateur non négligeable, me semble-t-il, pour changer. Aujourd’hui, l’Education nationale met à disposition  des enfants décrocheurs des AVS (Aides à la vie scolaire); c’est très bien, mais en vain… Je prends un exemple : quelqu’un qui vient de faire une chute et s’est cassé la jambe; il va marcher avec des béquilles, mais cela ne durera qu’un temps : après le plâtre, place à la rééducation, et cette personne remarchera sans béquilles. A l’école, c’est la même chose : un enfant qui décroche ne doit pas être assisté tout le temps; on ne doit pas faire tout le travail à sa place; il faut lui donner cette fameuse boîte à outils éducative, l’entraîner dès les classes de primaire afin qu’il devienne, au collège, un élève autonome et libre. En effet, ce qui est à reprendre fondamentalement dans notre système français, c’est l’école primaire : celle qui pose le socle et les fondements du savoir. Je suis flatté quand les inspecteurs de l’Education nationale me demandent de former des équipes enseignantes au décrochage scolaire. Mais, aujourd’hui, il faut revoir, je le répète, la manière d’enseigner les programmes en Primaire.
  • Je suis un fervent républicain, défenseur de l’école publique et laïque, mais je ne peux cautionner ce qui me semble être une erreur pour nos jeunes citoyens dans le système scolaire. Moi qui étais un enfant du « moule », bien sous tous rapports je crois, un élève idéal pour un professeur (poli, studieux, scolaire, et j’en passe), je suis devenu un éducateur, un pédagogue qui a décidé un jour, de sortir de la « norme » et de devenir un « révolutionnaire » de l’Education. La semaine dernière, au Rectorat de Pointe-à-Pitre, un inspecteur m’a dit qu’il était un fonctionnaire de l’éducation alors que, moi, j’étais un révolutionnaire de l’éducation. Il me l’a dit autour d’un verre sans aucune animosité. Cela m’a drôlement fait réfléchir… et ça m’a plu : moi, un révolutionnaire de l’éducation !
  • Alors oui, ma petite révolution, je l’ai faite à Savio, depuis ces 20 dernières années ! Quel chemin parcouru ! Un chemin semé d’embûches, de doutes, de peurs, d’angoisses même, mais un chemin également – et heureusement d’ailleurs – jalonné de joies immenses, de renaissances, de nouveaux points de départ. Des coups de gueule, il y en a eu – et un certain nombre – mais je ne le regrette pas. Des délires, des crises de rigolades, des situations rocambolesques, n’ont pas manqué non plus. Mais cela, vous en prendrez connaissance pendant le spectacle. J’ai une tête pleine de souvenirs heureux et malheureux. Quentin et David, deux anciens Saviotins, sont décédés, le premier accidentellement il y a 3 ans, le seconde des suites d’une longue maladie il y a quelques semaines. Eh bien, Quentin, si tu nous vois de là-haut, c’est à toi que je dédie cette fête; je te le dois bien car c’est toi qui avais porté sur les épaules tout le poids des spectacles offerts pour les 10 ans de l’école. Chaque fois que j’entends la pub CarGlass à la radio ou à la TV, je pense à toi !
  • Durant les prochaines années, l’école va offrir une place plus large aux parents. L’Ecole des Parents verra le jour sous la forme d’une Association loi 1901, elle sera organisée et gérée par les parents. Des pédagogues de tout poil animeront l’école des parents. En effet, les parents sont en manque de repères. On dit qu’être parents, c’est un métier ! Certes, mais il n’y a pas d’école, pas de diplômes, et l’on reste parents à vie, il n’y a pas d’âge de départ à la retraite. On devient grand-parents, mais on est avant tout parents.
  • L’école a le devoir d’associer les parents, pas seulement parce que ce serait une affaire de principe, mais aussi parce que cette association est utile à la bonne scolarité des jeunes élèves. L’association repose d’abord sur un impératif d’explication. On ne peut solliciter les parents sans leur dire précisément ce que l’on attend d’eux. On ne peut se contenter de leur demander de « surveiller » les devoirs et  » d’aider  » les enfants à faire leurs exercices et à réviser leurs leçons. Si ces formules ont du sens pour les parents des classes moyennes diplômées – et encore ! – elles n’en ont pas pour les familles moins favorisées. Il est donc nécessaire de dire aux parents ce que l’on attend d’eux en sachant qu’ils ne sont pas des adjoints d’enseignement. Rien n’empêche de multiplier les rencontres avec les parents,  y compris dans les classes, pour dire ce que l’on y fait et comment on s’y prend. Les parents devront savoir quels sont les objectifs visés, les méthodes choisies, les formes d’évaluation et leur rythme afin qu’une sorte de pacte éducatif les lie à l’école.
  • La confiance dans l’école peut et doit être reconstruite avec les parents tels qu’ils sont.
  • « Quand tu ne sais pas où tu vas, retourne toi et regarde d’où tu viens  » : je vais appliquer ce vieil adage et vous donner rendez-vous, comme le chante si bien Patrick Bruel, dans 10 ans. J’espère être encore à Savio, mais je ne sais pas ce que la vie me réserve, alors ? En tout cas, je tiens à rendre hommage à mes 20 promotions :
  • aux Saviotines et aux Saviotins avant tout,
  • à leurs parents,
  • à mes amis,
  • à tous ceux qui croient en nous,
  • aux commerçants et aux artisans qui nous ont aidés ( Intermarché, Super U,  Mr. Bricolage, l’Ets Seguin, Nuances),
  • à celles et ceux que j’ai oublié de citer, et je terminerai cet hommage en remerciant les médias et mon équipe éducative.
Christophe LABROUSSE

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