Pourquoi ça marche ?

Christophe Labrousse, directeur du Collège Savio

Christophe Labrousse est le directeur/fondateur de l’École-Collège Savio, un établissement scolaire hors-norme, qui accueille les enfants en difficulté scolaire pour lesquels le système éducatif traditionnel n’apporte pas de réponse. Cet établissement est également hors-contrat, c’est-à-dire libre de ses méthodes pédagogiques, de ses programmes et du choix de son équipe, mais ne recevant aucune subvention ou aide financière. Cependant, les programmes de l’Éducation nationale sont scrupuleusement suivis à Savio. Les résultats obtenus sont spectaculaires et interviennent rapidement. D’après notre observation du collège et de ses élèves ces trois dernières années, le taux de réussite est de 70 % ! Nous avons voulu comprendre pourquoi ça marche.

Catherine Bréjat : Que recherchent les parents qui vous confient leur enfant ?

Christophe Labrousse : Ils viennent chercher à Savio l’assurance que leur enfant va renouer avec les bonnes notes, alors que pour nous l’aspect scolaire du problème passe après l’épanouissement de l’enfant. Les parents, croyant bien faire, prennent le problème à l’envers. Ici, l’objectif premier est de redonner aux enfants une certaine appétence de la vie et d’en faire des adultes libres, capables de réfléchir. À partir du moment où ils iront mieux, ils retrouveront le chemin de la réussite scolaire.

CB : Oui, mais pourquoi vont-ils mieux lorsqu’ils fréquentent votre école ?

CL : Les réponses sont écoute et absence de jugement. Nous les acceptons tels qu’ils sont et nous attendons simplement de leur part le même respect que celui que nous leur portons.

CB : Et cela suffit ?

CL : Non bien sûr, mais c’est la base. Nous leur offrons ici un cadre sécurisant. Le lieu tout d’abord : tranquille, entouré d’une campagne magnifique à la belle saison ; puis, nous mettons en place des limites souples, intelligentes et évolutives qui vont rassurer l’enfant. Les enfants ont besoin d’être sécurisés et, pour cela, il faut rétablir les rites essentiels de l’enfance et les règles sur lesquelles ils peuvent s’appuyer ou avec lesquelles ils vont s’affronter. Car, surtout à l’adolescence, ils ont besoin de confrontation, de réaction de la part des adultes montrant que ces derniers se préoccupent d’eux, qu’ils ne sont pas indifférents à leur devenir. Enfin, nous les responsabilisons : nous leur apprenons à penser par eux-mêmes, à évaluer les dangers et à faire leurs choix en connaissance de cause. L’adulte doit accompagner et enseigner à l’enfant à devenir autonome.

CB : Pourquoi l’amélioration se constate-telle rapidement ?

CL : D’abord parce que les enfants qui arrivent chez nous sont dans un conflit fermé avec leurs parents. L’objet du conflit étant éloigné, en particulier pour ceux qui sont à l’internat, ils vont pouvoir se poser, prendre le temps de souffler et se sentir en sécurité. Ensuite, parce que nous sommes en observation et à leur écoute 24 h sur 24 h. Les parents ne peuvent aller travailler et être présents à temps complet, nous si, c’est notre métier. Les choses commencent à bouger dès le deuxième week-end suivant la rentrée et la progression se poursuit. L’équipe pédagogique et moi-même devons enregistrer une évolution notoire chaque semaine, sinon c’est que quelque chose n’a pas fonctionné et il nous faut découvrir de quoi il s’agit. Lors des vacances de la Toussaint, les parents nous font généralement part de leur étonnement et de leurs réactions positives.

CB : Est-ce que l’amélioration est durable ?

CL : Oui. Parce que nous ne les transformons pas, nous les aidons à devenir eux-mêmes. Notre but est d’en faire des citoyens libres et équilibrés. Pratiquement tous nos élèves ont pu réintégrer le cursus traditionnel de l’Éducation nationale après la classe de 3e et pratiquement tous ont réussi à mener les études auxquelles ils avaient décidé de se consacrer. Je recommande toujours aux Saviotins de croire en leurs rêves ! En plus de vingt ans de pratique, j’ai pu constater, chez nos anciens élèves, que le lien avec Savio ne s’était jamais rompu.

Interview paru dans Catherine-brejat-com – 7 janvier 2018

 

 

 

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