Catherine L.

La vie de Kevin a été heureuse jusqu’à son entrée à la maternelle, puis il a connu l’Ecole.

D’institutrice blessante en institutrice inintéressée – peu ont su voir en lui l’enfant sensible, plutôt cultivé et très attachant – il a passé les classes dans la douleur.

Que peut ressentir un enfant qui ne parvient pas à se concentrer, mémoriser, car son esprit est ailleurs et qu’il ne peut, tout simplement pas, y parvenir ? Echec, dépréciation, honte, peine de décevoir, angoisse « d’y retourner » …..

Toutes les rentrées scolaires se déroulaient de la même façon : j’étais convoquée après 3 ou 4 semaines et on me posait les mêmes questions : Que se passe t il avec Kevin ? Pourquoi ça ne marche pas à l’école ? Vous devriez le faire réviser, le faire bucher … L’école ne peut pas tout .. Je ne peux m’occuper des cas particuliers …. C’est à vous d’être derrière…. Et j’étais « derrière lui ». Tellement, que nos relations en ont gravement pâti.

Les médecins, spécialistes, ne trouvaient rien. Un bilan psychologique en milieu hospitalier a montré une intelligence dans la norme, permettant des résultats dans la norme (bac possible, soutien en maths nécessaire) et, l’hôpital m’a renvoyée avec cette phrase en prime « il y a bien quelque chose, mais vous verrez plus tard ». Point barre.

Il y a eu, je l’ai appris récemment, harcèlement à l’école, et à l’extérieur. Puis de mauvaises influences. Un drame familial a accéléré la prise de décision : en cours d’année scolaire Kevin et moi avons décidé d’une scolarité en internat. Mais où ? Il fallait une structure adaptée, un endroit rassurant, où Kevin serait regardé avec bienveillance, où il serait considéré pour ses points forts, non pour ses incapacités.

Qui m’a parlé de Saint Dominique Savio ? Je ne m’en souviens plus. Mais après une conversation téléphonique, Kevin et moi avons fait 400 km pour rencontrer Christophe. L’internat et les A/R en train ont été un investissement très important, mais je ne les regrette pas un instant ! La séparation a été très difficile, pour moi en tous cas. Kevin en revanche a pu trouver un réconfort, de la compréhension et un endroit où exprimer sa détresse et se relever après le drame qui nous avait touchés. Kevin a passé 2 ½ ans à Savio, de la 5ème à la 3ème. Il n’a pas réussi à décrocher le brevet mais il a pu vivre ces années de scolarité dans un environnement protégé, où il a appris et intégré des valeurs humaines, la vie en groupe, le respect des consignes et il y a retrouvé le respect des autres et de lui-même. Bien sûr, si c’était à refaire, je referais ce choix. Sans hésiter. Merci Christophe. Merci Savio. Merci toute l’équipe et merci à ta famille !

Aujourd’hui Kevin suit une route toujours difficile. D’autres drames se sont ajoutés au premier. Il est aide-soignant et espère pouvoir reprendre le travail. Je crois pouvoir dire que ses années Savio ont été ses meilleures à ce jour