Fabien

Ce qui nous réunissait, c’est que nous étions tous des accidentés de la vie. Pour certains, c’était physique (maladie, accident…), pour d’autres, c’était psychologique (environnement socio-culturel…), mais le résultat était le même pour tous et s’appelait « le décrochage scolaire ». Nous étions « hors système » comme on nous disait à mes parents et moi.

Pour ma part, je suis rentré à la Maison St Dominique Savio à 14 ans suite à un accident de ski qui m’a valu neuf mois d’hospitalisation à cause de diverses complications et 11 opérations.
Après cette période, je me suis retrouvé dans le collège de ma commune en 6ème, mais je n’étais plus en mesure physiquement et psychologiquement de retrouver les cours « normalement » comme mes copains. Il me fallait autre chose.
C’est alors qu un médecin ORL parle à mes parents de la maison St Dominique Savio et nous sommes allés voir.
Au début, « quel choc »; une maison en pleine campagne, que des garçons comme élèves, des pièces de vie faisant office de salles de classe, le sport se passe dans les chemins autour des champs et enfin, des chambres qui ressemblaient plus à des chambres comme à la maison que des chambres de pension. Bref, on était loin du système scolaire habituel.
Avec mes parents, nous avons rencontré Christophe, le directeur qui nous a expliqué le fonctionnement de l’école, puis nous avons assisté à la fête de l’école (qui s’est déroulée sous la pluie et sous un chapiteau de fortune) et là, j’ai dit à mes parents que je pensais me plaire ici car avec peu de moyens, ils font de grandes choses.
Me voici la rentrée suivante à La Bertramière. J’ai 14 ans, encore de grosses séquelles dues à ma longue hospitalisation et beaucoup de mal à quitter un environnement familial très protecteur et étouffant. J’avais alors deux ongles incarnés qui ne guérissaient pas (infection nosocomiale) et Christophe m’a dit : « Tu verras, lorsque tu iras mieux psychologiquement, tes ongles guériront » et, 6 mois plus tard, mes ongles étaient guéris. C’est alors que j’ ai compris que notre corps réagit en fonction de notre esprit  » Un esprit sain dans un corps sain ».
Au fur et à mesure de cette 1ère année, j’ai pu trouver ma place au sein de Savio grâce notamment à l’objectif de l’année, la préparation de la fête de l’école. Il s’agissait, en plus du rattrapage scolaire, de nous révéler ; pour certains c’était le sens artistique (chant, danse, théâtre etc…), pour d’autres le bricolage… Pour ma part, je me suis d’abord révélé dans le chant. Aimant faire le « clown », j’interprétais des chants humoristiques sous forme de sketchs.
La rentrée suivante, je me suis beaucoup plus impliqué dans ces activités artistiques ; Christophe avait écrit une pièce de théâtre dans laquelle j’ai interprété deux rôles. Ces activités extra-scolaires m’ont permis de reprendre confiance en moi et de remonter mon niveau scolaire. Il y’avait une suite logique entre les matières scolaires et les matières artistiques ; c’est la base de la pédagogie de Savio. On nous expliquait à quoi nous servaient les Maths, le Français… dans la vie de tous les jours.
Après trois ans passés à Savio, j’avais enfin les armes pour retrouver le cursus scolaire dit « normal » et je suis rentré au lycée. J’avais loupé d’un demi-point mon Brevet des collège, alors je l’ai repassé et obtenu l’année suivante. Puis, l’année d’après, j’ai passé et obtenu mon BEP.
N’étant pas un homme d’études, j’ai quitté l’école après le BAC et je suis rentré dans la vie active. Mais presque 20 ans après, Savio a laissé beaucoup de traces en moi et m’influence encore dans la vie de tous les jours.
Christophe et son équipe ont su révéler en moi le meilleur et m’ont convaincu que j’étais capable de mener ma vie tout seul, de faire mes propres choix.
Faisant partie des élèves « presque » de la 1ère heure, j’ai eu l’occasion de suivre l’évolution de l’école de loin et elle est toujours debout malgré les épreuves qu’elle a traversé.
Si nous pouvions comparer La Maison St Dominique Savio à une personne, je lui dirais « Merci pour tout ce que tu as fait pour nous et que tu continueras à faire pour tes élèves futurs. Longue vie à toi ».
Enfin, il serait temps que l’Education Nationale s’inspire des méthodes de Christophe et son équipe ; ça aiderait sûrement des milliers d’élèves en France.
Merci à vous Christophe, Isabelle, Chantal etc…

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