Sidonie

14/09/2015

Je m’appelle Sidonie, j’ai 17 ans.

A 12 ans, je n’ai aucune ambition, pas d’envies particulières, et je déteste l’école presque aussi fort que je déteste mes parents. Je ne m’entends pas du tout avec mon père, je rejette complètement l’aide de ma mère, et ce parce qu’au collège, la vie peut devenir très vite compliquée, voire parfois plutôt insupportable…

Mais je refuse de parler, et mes parents s’inquiètent. Ils voient bien que le problème vient du collège, de l’Education Nationale, d’un mode de vie qu’on nous impose qui ne me convient pas du tout. Alors ils cherchent, ils demandent conseil, beaucoup. Et finalement, Michèle Bromet Camou une amie psychothérapeute, bien connue de Christophe Labrousse, nous a parlé de l’école  Dominique Savio dans la commune de Saint Léger de la Martinière. Tous ces noms nous sont inconnus, mais le bien que Mme Bromet Camou nous en dit suffit à mes parents pour décider que j’irais passer mon année de troisième et mon brevet dans cette école. Lors de la visite, je crois à une blague. Une maison est plantée au milieu de nulle part, et on me dit « c’est ici que tu passeras toutes tes semaines.»

Les premiers mois sont très durs : je déteste l’organisation de l’école, je déteste toujours autant travailler, et je déteste par-dessus tout le directeur. Certains week-ends, je refuse d’y retourner. Mes parents m’y obligent et je les déteste encore plus. Je me sens jugée, pas à ma place, je suis en éternel conflit avec l’équipe de l’école.

Puis, petit à petit, je commence à comprendre que cette sensation de jugement m’a toujours suivie, peu importe où je vais. Et en créant des liens avec les autres, je vois enfin ce qui nous rassemble : tous ces gens sont comme moi. Chacun vient avec son histoire bien à lui, mais ici, nous sommes tous sur le même pied d’égalité. Je me dis que si cette égalité peut être aussi fortement ressentie, c’est parce qu’elle est sévèrement et inlassablement maintenue et entretenue par ce directeur que je déteste tant. Ma vie commence alors à s’éclaircir. Je prends peu à peu une certaine confiance en moi, en mes idées, en mes capacités. Je commence à m’ouvrir en cours, à m’intéresser à tout, et à tous. Mes notes commencent sérieusement à s’améliorer et ma relation avec mes parents devient plus fusionnelle chaque jour. Je me confie un peu à eux, je leur raconte ce que je vis.

Il y a toujours mon monde, mon histoire, ma famille, mais maintenant il y a aussi moi. Et je peux enfin commencer à apprendre à me connaître. Tous les moyens nous sont donnés pour ça ! On fait de la chorale, du théâtre, du dessin, des sorties, des promenades du soir. La parole nous est donnée dès que nous avons quelque chose à dire, et tout le monde écoute, sans que je ne ressente plus aucun jugement.

Une fois, en art, on me demande de faire une reproduction. Je la présente à Christophe qui me demande de la refaire. Sans poser de questions, je m’y remets. Et j’y passe tout mon mercredi après-midi, tandis que rien ne m’y oblige, et que, dehors, la course au goûter a commencé. Et finalement, après 5 ou 6 échecs, je réussi à libérer ce qui en moi faisait que je bloquais ce dessin dans un cadre que je ne m’autorisais pas à franchir. J’ai eu 17/20, et ce dessin je l’ai gardé.

Une relation de confiance s’est instaurée entre Christophe et moi. Je suis nommée marraine d’une jeune élève de l’école en grande difficulté.

La semaine de révisions du brevet est intense, mais vraiment géniale ! C’est entre amis que l’on fait nos révisions, et contrairement aux craintes que peuvent avoir les parents à ce sujet, c’est drôlement efficace ! La veille du brevet, Christophe et toute l’équipe nous emmènent nous reposer sur les plages de Royen durant toute une journée. Elèves, professeurs, éducateurs, directeur ; nous ne sommes plus que des amis.

J’ai eu mon brevet mention assez bien et j’ai reçu le prix de la Saviotine à la fête de fin d’année !

Aujourd’hui, je suis en première année de droit, j’ai le monde sous les yeux et une belle envie d’en découvrir les moindres recoins. Je veux devenir avocate ou juge dans le droit de l’environnement, et j’ai encore pleins d’autres idées si jamais je change d’avis.

Avec le recul, je vois à quel point ça peut être difficile de rester accroché à cette école au début, je me souviens comme c’est tentant de rentrer chez soi et de retourner dans son ancien collège avec ses anciens amis. Mais cette année là, la page de mon ancienne vie s’est terminée, et je vois aujourd’hui que ça m’a permit de ne pas me laisser l’occasion de tomber d’avantage dans les plus bas fonds de la solitude et de la haine. C’est un travail acharné entre soi et soi, mais qui en vaut réellement la peine.

Une dernière chose importante selon moi, deux éléments sont indispensables à notre cheminement dans cette école : le soutien et l’amour les plus dévoués de la part de nos plus fidèles amis et alliés, nos parents.

Merci Christophe de votre confiance, et merci Chantal, Jonathan, Benjamin, Romaric, Pascale et Isabelle pour votre accompagnement et votre soutien tout-au-long de cette belle année.

Sidonie

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